Riposte ! Comment répondre à la bêtise ordinaire

Non, vous ne vous trompez pas, il s’agit bien d’un compte rendu de lecture à propos d’un livre « jeunesse » (le terme générique employé pour désigner ces ouvrages qui s’adressent à un jeune public, mais qui bien souvent seraient susceptible de plaire aux plus âgés !). Si je n’ai moi même pas d’enfants et que ce n’est pas du tout à l’ordre du jour, j’en ai un certain nombre dans mon entourage. Et j’ai aussi autour de moi des personnes qui travaillent dans des librairies, des bibliothèques, et autres centres de documentation…Grâce à ça, je fais régulièrement de belles découvertes. Ce petit album des éditions Actes Sud Junior en fait partie.

riposte

Ecrit par Jessie Magana et illustré par les dessins décalés d’Alain Pilon, l’ouvrage tente de répondre aux préjugés du quotidiens, aux petites phrases qu’on entend à l’école, chez soi, dans les repas de famille. Il s’attaque à une vingtaine de ces propos en amenant à se questionner et en proposant des arguments (avec une touche d’humour) pour répliquer. Les thèmes abordés sont variés, et pas forcément évidents à traiter lorsqu’on s’adresse aux plus jeunes. Quelques exemples des phrases décortiquées dans le livre   :

« Les filles qui se font agresser, elles l’ont bien cherché. »

 » Les noirs ne sont bons qu’en sport. »

 » Les enfants adoptés ont toujours des problèmes »

 » Les juifs aiment l’argent »

 » Les homosexuels ne devraient pas avoir d’enfants. »

 » Les musulmans ne vivent pas comme nous. »

« Les chômeurs, c’est des profiteurs. »

« Handicapé, ta vie est fichue »

« On est envahis par les immigrés »

Chaque double page est consacrée à l’analyse d’une phrase : à gauche, des réponses aux arguments les plus courants, à droite les illustrations. Sur la photo ci-dessous, il s’agit de répondre à l’idée que « les filles sont des chochottes » (un classique des cours de récré)…Les réponses mettent l’accent sur la construction sociale à l’origine du fait que les garçons jouent plus au foot, que les filles préfèrent des activités plus calmes et seraient plus faibles. Avec, évidemment, des termes clairs et accessibles.  La double page suivante adopte la même approche pour l’idée « les garçons sont nuls à l’école ». L’ouvrage n’évite pas des questions difficiles comme le « slutshaming », à travers la phrase trop entendue « elles l’ont bien cherché » auquel le livre répond : pourquoi devraient-elles se faire plus discrètes ?

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Plus loin, il est question de la parentalité pour les couples homosexuels, et des arguments les plus fréquemment opposés : « un enfant a besoin d’un papa et d’une maman », « de toute façon c’est pas les vrais parents » etc. Les réponses abordent la différence entre le rôle et le sexe des parents (maman pour les calins, papa pour gronder…), le nombre d’enfants qui ne vivent pas avec deux parents, et l’importance ou non d’être le géniteur biologique de l’enfant qu’on aime et qu’on élève. L’album évoque aussi les quelques 200 000 enfants qui auraient un parent homosexuel (la référence du chiffre n’est pas donnée), soit qu’ils aient découvert ou annoncé leur homosexualité après la naissance des enfants, soit que ceux-ci aient été adoptés ou conçus par PMA.

Plus loin encore, l’ouvrage s’attaque aux propos sur l’immigration, d’une actualité criante. Il revient sur l’histoire de l’immigration des travailleurs (polonais, italiens, algériens…) en France, rappelle que s’installer en France est un parcours du combattant et qu’il n’y a pas vraiment « de plus en plus d’immigrés ». Parmi les réponses, des explications sur la confusion entre « immigration » et couleur de peau, et sur l’aspect raciste de cette gêne face à des français un peu trop « visibles ». Le dernier paragraphe conclut en répondant au fameux « Il faudrait les renvoyer chez eux », soulignant d’une part que renvoyer les réfugiés signifie souvent les envoyer à la mort, et qu’on ne se prive déjà pas d’expulser les travailleurs en situation irrégulière qui accomplissent par ailleurs des tâches pénibles et sous payées.

Le pari du livre était ambitieux :  chaque réponse ne prend pas plus de quatre petits paragraphes…Dans ces conditions, le risque est toujours de tomber dans des simplifications à outrance, au motif que le propos s’adresse à des enfants. J’ai trouvé que l’écueil avait été bien évité dans l’ensemble, le contenu est dense et précis. Une ressource qui pourrait être bien utile pour les bibliothèques et centres de documentation qui accueillent des enfants et adolescents. N’hésitez pas à le feuilleter si vous le trouvez en librairie…et si le livre vous plait, à le recommander à la bibliothèque municipale, au CDI ou à la biliothèque de l’école que vos enfants fréquentent éventuellement !

Notons que Jessie Magana, qui est éditrice indépendante,  a aussi co-écrit un livre pour les (un peu) plus grands, Les mots indispensables pour parler du sexisme, auquel le blog Fille d’Album a consacré un article à lire ici.

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6 commentaires

  1. Bien d’accord avec ta conception de la littérature « jeunesse » : c’est pas que pour les enfants ! C’est tellement formidable que ce genre de livre existe et que des éditeurs prennent le parti pris de les publier. Le problème avec mes livres jeunesse, c’est que ce sont les parents qui les achètent… et donc qui les choisissent. Pas évident du coup d’arriver à ce que ce genre de livre arrive dans les mains des petits 🙂

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    1. Merci pour ton commentaire ! Bien sûr, c’est la principale difficulté… et puis, ils ne sont pas forcément accessibles dans les grandes enseignes, il faut faire la démarche d’aller en librairie. Mais il y a aussi les bibliothèques, l’école, qui peuvent mettre ces ouvrages à disposition, créer des ateliers etc !

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    1. Merci pour le lien !! 🙂 ma mère (documentaliste) m’a rapportée les deux bouquins des éditions syros, Les mots indispensables pour comprendre le sexisme, et la version pour comprendre le racisme. Je vais sûrement faire une petite note dessus du coup !

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