King Kong Théorie au Festival d’Avignon

Cette semaine, une amie m’a invitée à aller voir avec elle une adaptation du texte de Virginie Despentes, King Kong Théorie, présentée au théâtre La Luna dans le cadre du Festival d’Avignon.

King Kong Théorie, c’est cette oeuvre qui a eu 10 ans cette année et qui a marqué toute une génération de féministes, en dérangeant beaucoup de monde au passage… Elle aborde frontalement la condition féminine, le rapport au corps, aux normes de beauté, au sexe. La pression à être désirée et désirable. L’expérience de la prostitution, la pornographie et le regard qui est porté dessus. Le viol. Les non-dits, l’hypocrisie qui peut l’entourer, la culpabilisation (différents éléments qui renvoient à ce qu’on appellerait aujourd’hui parfois la culture du viol). Difficile de retranscrire l’esprit du texte tant on a l’impression à chaque fois de décrire un manifeste féministe tout ce qu’il y a de plus classique, tandis que l’oeuvre est tellement plus crue et grinçante !

Bien qu’en ayant beaucoup entendu parler,  je n’avais jamais lu l’essai en entier, tout au plus quelques extraits que j’avais vu passer. J’ai donc découvert l’oeuvre – néanmoins tronquée – à travers sa mise en scène, et j’ai rapidement trouvé que les résumés qu’on pouvait lire sur internet étaient bien plus tièdes que ne l’est la pièce ! Certains ont du avoir quelques surprises…

Un décor de salon de beauté, une musique douce et sans charme… Bienvenue chez Jungle Queen Beauty. Sans qu’on ait jamais de détails sur ce qu’est ce salon, qu’on peut alors interpréter de différentes manières. 5 femmes en peignoir, les cheveux pris par une charlotte rose. Un décor a priori bien éloigné de l’esprit du texte de Virginie Despentes, et pourtant ! Il réservera bien des surprises. La pièce alterne entre interprétations des passages du texte, très intenses, et le rajout de transitions parfois plus légères, parfois très piquantes, parfois vraiment graves qui se déroulent dans ce fameux salon de beauté fictif. Le tout donne un fil conducteur et une cohérence générale au propos, loin de seulement déclamer le contenu du livre.

Les mots vont droit au but, ils sont fait pour secouer, ils vont à contre courant. La rage du texte est retranscrite dans la rage des corps, la violence des mots s’incarne dans l’entrechoquement des corps parfois (contrairement à d’autres mises en scène qui font des choix opposés, ainsi cette autre adaptation présentée elle aussi au festival ). Le texte passe d’une actrice à l’autre, il est éclairé différemment chaque fois, on croit entendre des histoires différentes, finalement toutes les mêmes.

En bref : un texte puissant, interprété avec les tripes… avec une sincérité qui est soutenue par les choix de mise en scène, qui font s’incarner le malaise et la violence qui émanent des mots. Certaines scènes sont de vraies prouesses d’actrices. Avec le temps, je trouverai peut être certains choix contestables ou superflu, ou n’apportant pas grand chose au texte. Peut être un peu trop de rebondissements, de recherche de spectaculaire, alors que la portée du texte ne l’exige pas. La perfection n’est pas de ce monde, et ça ne m’a pas dérangée plus que ça… ce que je retiens, c’est que j’ai été absorbée du début à la fin par la mise en scène de ces vérités qui font mal, qui dérangent, qui bousculent… et dont on aimerait qu’elles soient entendues par plus de monde.

Je devrais lire très prochainement le texte dans son intégralité pour le confronter avec sa mise en scène… je reviendrai éventuellement rajouter quelques mots à l’article à ce moment là

Pour aller plus loin, vous pouvez lire la présentation de la pièce et le dossier qui l’accompagne sur le site internet de la compagnie 411 pierres.

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Photos officielles du spectacle. Crédit Photo : Pauline Bernard

 

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