Rebonds d’été

Les étés de vacances résonnent souvent dans nos mémoires comme des périodes de transition, des ponts jetés : l’été avant d’entrer au lycée, l’été avant cette rencontre, l’été de cette rencontre-là… l’été avant de s’installer ailleurs. L’été du grand départ. Ce mois de juillet 2017 est pour moi, sous son apparente tranquillité, un concentré de chamboulements et de dénouements qui plongent leurs racines bien plus loin. Des chamboulements en passe d’être résolus, douloureusement parfois, d’autres peut-être en gestation qui pointent le bout de leur nez à l’horizon. Paradoxalement, et peut être parce que certains d’entre eux ont sonné comme une délivrance – bien que quelques fois mouillée de larmes-  je collectionne depuis quelques temps des instants d’une grande sérénité.

Ces dernières années, a fortiori ces derniers mois et comme bien trop souvent dans nos vies, les drames ont frappé autour de moi, à droite, à gauche, ici puis là. Jamais assez près pour me happer entièrement, toujours assez pour m’ébranler durablement. Des disparitions soudaines auxquelles on ne voudrait pas croire. Des découvertes qui lézardent l’image que l’on avait d’un proche, qui y laissent parfois des plaies béantes. Des maux pas si graves pensait-on qui font vaciller la vie qu’on s’était imaginée. Et pas si loin de moi, tous les jours dans mes pensées, cette petite fille de 10 ans qui lutte contre un mal trop fort pour elle… et pour qui on imagine malgré nous un miracle impossible.

Il y a de ces jours où les toutes petites et les immenses tragédies, les si proches et les plus lointaines semblent former ensemble une muraille infranchissable. Le sentiment d’écrasement peut alors devenir si puissant qu’il nous laisse hébétés. Quand ce désarroi total s’empare de nous, il n’est plus si évident de savoir vers où aller, comment et à quoi être utile… Et pourtant. Parfois, il est vrai, aucun réconfort ne sera de taille. Lorsque la douleur nous touche trop près et trop vite comme une explosion, lorsqu’elle irradie pour toujours. Mais pour beaucoup d’entre nous, je l’espère, d’autres jours peuvent succéder aux premiers… Quand les larmes ont coulé, quand toute notre colère s’est exprimée avec une révolte rageuse, vient le temps des petits rien qui consolent. Le temps des joies modestes, des bonheurs discrets.

De ces jours où l’on se dit : Si je faisais une pause, si je méditais un peu sur les jours passés ? Si je laissais de côté ma moue dubitative et tentais de comprendre pourquoi le mot gratitude résonne tellement pour certaines personnes ? Et le comprendre vraiment, ce sentiment de reconnaissance si plein qu’on ne sait parfois ni vers qui ni vers quoi le diriger ! De ces jours où, sortant de l’eau fraîche, le corps délassé, on s’étonne de ne pas profiter davantage de sa chance. Celle d’un corps en pleine santé qui mériterait davantage d’indulgence, de l’absence de douleurs… de la possibilité de saisir des instants de légèreté absolue, qu’aucune angoisse ni aucun mal ne vient troubler. De ces jours où l’on se réchauffe au soleil descendant et où on se laisse surprendre par un sentiment de confiance puissant. L’impression de pouvoir tout accueillir, tout surmonter, car il y aura toujours des moments pareils pour soulager un peu nos fardeaux.

Ce ne sont finalement que des instants, ils ne durent jamais le temps d’une journée, pas même le temps d’une heure. Mais ils sont rares et précieux : combien de personnes luttent trop au quotidien pour avoir la possibilité de les découvrir ? Nous n’avons pas tous l’occasion de nous libérer ces temps de solitude joyeuse, de silence bienfaisant… Alors si la moindre brèche s’ouvre, sautons dedans à pied joints ! Car ce sont autant de trampolines pour rebondir, aller de l’avant, se réconcilier un peu avec soi-même. C’est ainsi que ce matin, après une, deux minutes à peine, assise en tailleur sur un banc, je me suis sentie déborder d’énergie et de bienveillance (oui, ce mot pourtant galvaudé). Pour moi-même d’abord : au-lieu de lister toutes les choses pasfaites, pasbienfaites, pasassezfaites, pourquoi n’avais-je pas constaté auparavant tous ces progrès, cette volonté qui s’affirme doucement ? Pour les autres ensuite, car ne pas se laisser ébranler, c’est aussi la possibilité d’accueillir les réactions les plus agaçantes avec davantage de recul ou d’humour. Autant d’énergie déterminée à réinvestir dans les luttes les plus personnelles comme dans les plus grands combats.

Pour ces mois d’été, je ne pourrais rien vous souhaiter de mieux que de créer ces minuscules occasions et d’essayer de les apprivoiser… !

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5 commentaires

  1. Tu as totalement raison, les étés sont souvent marqueurs de transition en ce qu’ils constituent de longues plages d’activité réduite, moins tourbillonnante, pendant lesquelles on peut être au calme dans sa tête et décider…
    Le reste de ton billet me fait penser à ce livre sur la pleine conscience que j’ai envie de lire… Pour mieux éprouver ces micro instants où tout semble possible et qui rechargent nos énergies !

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    1. Oui effectivement c’est des formes de « pleine conscience », c’est presque dommage qu’on ait aujourd’hui besoin d’un concept à part entière pour ça… je me rends compte que je pratique ça depuis longtemps sans le savoir. Mais bon si ça peut permettre à d’autres de renouer doucement avec ces sensations, pourquoi pas 🙂

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